Voorzitter Armeense delegatie Aharonian aan voorzitter Volkenbond Van Karnebeek

République Arménienne

Délégation à la Conférence de la Paix.

Genève, le 9 septembre 1921

Monsieur le Président de l'Assemblée de la Société des Nations GENEVE.

Monsieur le Président,

Au cours de sa première session (novembre-décembre 1920) l'Assemblée de la Société des Nations avait prêté un intérêt tout particulier à l'examen du problême arménien. Aujourd'hui, nous le constatons avec un profond regret, la question arménienne n'est même pas posée à l'ordre du jour de la Haute Assemblée. Et cependant, l'état actuel de l'Arménie est plus alarmant que jamais; et si l'on ne prenait pas d'urgence des mesures efficaces, de nouvelles et plus terribles calamités viendront inévitablement frapper les populations arméniennes.

On sait qu'après une lutte longue et inégale, la République Arménienne a succombé aux assauts combinés des Turcs et des Soviets russes (en décembre 1920). Mais déjà en février 1921, la population arménienne, exaspérée par le régime de terreur, d'assassinats, de réquisitions et du pillage, institué par Moscou, se souleva en masse, renversa le pouvoir sovietique, chassa les troupes rouges et rétablit l'ancien gouvernement légal.

Cependant, un mois après, l'armée rouge, déjà maitresse de l'Azerbeidjan et de la Géorgie, dirigea des forces considérables contre l'Arménie. Les troupes peu nombreuses de la petite République luttèrent desespérément durant quarante jours. Les Soviets réussirent à réoccuper Erivan, la capitale de l'Arménie. Alors, le Gouvernement national, le Parlement et l'armée se retirèrent dans la région montagneuse de Zanguezour, continuant la résistance. Assiégés, l'armée et la population de Zanguezour purent tenir tête aux troupes russes durant trois mois.

Mais les Soviets, résolus d'achever à tout prix la conquête de l'Arménie, afin d'effectuer leur jonction avec les Kémalistes, dirigèrent de nouveaux renforts contre les Arméniens et l'armee rouge finit par s'emparer de Zanguezour, en Juillet dernier.

Ainsi, au mépris de tous les traités et de tous les principes de justice, le territoire de la République Arménienne, après trois années d'indépendance, fut partagé entre les Soviets et les Kémalistes. Il est inutile de s'étendre longuement sur les horreurs de ce double joug turco-bolchéviste que l'Europe cornait déjà trop.

Dans la partie de la République Arménienne, occupée par les Kémalistes, (provinces de Kars, Ardahan etc), la situation échappe à toute description. La contrée est presque entièrement vidée d'Arméniens. Une grande partie de la population a été massacrée ou déportée à l'intérieur de la Turquie. La région fut entièrement saccagée et dévastée; dans le seul district d'Alexandropol environ 60 villages arméniens sont complètement détruits.

Et l'oeuvre d'extermination, encouragée par l'indifférence du monde civilisé, est poursuivie sans relâche.

Une fois de plus nous adressons un pressant appel à la conscience des nations, représentées dans cette solennelle Assemblée. Il n'est pas encore trop tard de sauver un petit peuple qui, en Orient, depuis vingt siècles, a donné tant de preuves de son attachement à la civilisation occidentale, un peuple qui, en raison même de ses luttes et de ses souffrances légendaires, fut solennellement admis au nombre des nations libres et souveraines, mais qui, malheureusement, n'obtint pas l'aide nécessaire pour consolider son Etat.

Notre Délégation ne demande pas l'impossible. Elle ne demande pas qu'on aille libérer la partie de la République Arménienne, occupée par les Forces sovietiques. Elle a la ferme croyance que la chute du bolchévisme, abhorré par tous les peuples du Caucase, n'y est pas bien éloigné; et une fois les Soviets disparu, le Parlement et les Pouvoirs nationaux se rétabliraient sans aucune difficulté à Erivan.

Il y a l'autre partie de l'Arménie, la plus grande, occupée par les Turcs. Il y a les quelques vilayets arméniens de l'ancienne Turquie, lesquels ont été proclamés par les Grandes Puissances, partie intégrante de l'Arménie indépendante. On sait que des centaines de milliers d'habitants de ces vilayets, échappés aux hécatombes de 1915, errent en. Perse, au Caucase et dans d'autres pays, en attendant la 1ibération de leurs foyers.

Comment libérer ces régions arméniennes? C'est ce problème qui fut posé l'annee dernière devant l'Assemblée de la Ligue. Quelques uns des délégués proposèrent d'expédier une armée internationale au secours des Arméniens. La Roumanie de déclara même prête à participer à une expédition militaire contre les Turcs.

Aujourd'hui il n'est pas nécessaire de recourir è une pareille expédition, étant donné que:

1) les forces d'occupation turque en Arménie sont fortement réduites;

2) les liens entre Titres et Bolchéviks russes se sont relâchés, leur alliance subit une véritable crise, à la suite des desastres russes d'une part,et d'autre part des défaites kémalistes qui viennent détruire le rêve de Moscou de provoquer un grand incendie en 0rient avec l'appui de l'armée turque.

3) la domination turque en Arménie est presque devenue nominale.

Dans ces conjonctures, et à supposer qu'une pression diplomatique s'exercerait en dû temps de la part des Puissances, il ne serait point impossible de faire occuper les régions arméniennes en question par les forces d'une gendarmerie qui serait recrutée parmi les Arméniens eux-mêmes et dont les cadres seuls seraient fournis par les divers Etats, membres de la Ligue.

En attendant une puissance mandatrice, une Commission Internationale, agissant au nom de la Ligue des Nations assumerait l'administration du pays, jusqu'au jour, ou l'inévitable effondrement du bolchévisme au Caucase rendrait possible la réunion des deux parties de l'Arménie.

Nous prions donc respectueusement la Haute Assemblée de vouloir bien charger le Conseil de la Ligue de nommer une Commission, de l'investir de pleins pouvoirs et de mettre à sa disposition les ressources financières indispensables, afin d'organiser cette oeuvre de libération, oeuvre éminemment humanitaire et qui contribuerait grandement a la pacification de l'Orient.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma plus haute consideration.

A. Aharonian

Président de la Délégation de la République Arménienne

Bron: Nationaal Archief, Den Haag, Ministerie van Buitenlandse Zaken: A-dossiers, 1815-1940, nummer toegang 2.05.03, inventarisnummer 1443.

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